13 novembre 2022

Portraits de
parisiens

Laetitia Ivanez, Les Prairies de Paris

Illustrations : Cassandre Montoriol

 

Elle voulait être comédienne. Elle est devenue créatrice de mode. C’est une histoire de famille, mais surtout une histoire de couleurs et de sensibilité dont elle ne s’est jamais faite tout un film. La première séquence de cette vie à laquelle Laetitia Ivanez ne s’était pas destinée pourrait se passer à Marseille dans les années 70 où ses parents ont fondé une marque de mode baptisée du nom de son père, Louis Ivanez. Le jupon est leur best-seller qu’ils fabriquent dans du gaze de coton teint dans des couleurs incroyables. Elle, c’est la petite fille qui court entre les jupons qui sèchent au vent avec en arrière plan un paysage entre campagne et route. « J’ai grandi dans la couleur et le coton  » se souvient-elle.

Les Prairies de Paris

1 rue de Fleurus ,angle, Rue Guynemer, 75006 Paris

Cassandre Montoriol
Cassandre Montoriol

Dans les années 90, elle a 20 ans, c’est l’appel de Paris et l’envie de faire du théâtre avec un premier job comme vendeuse chez Agnès b pour assurer le quotidien. « J’ai appris la mode avec mes parents et la simplicité chez Agnès b » avoue-t-elle. En 1996, son père se relance dans la mode en créant les Prairies de Paris et ils prospectent ensemble sur les routes de France pour être référencés dans les plus jolies boutiques. « Mon père, c’était un poète, moi j’avais mes deux tresses, je portais ses jupons et mon panier en osier…  On a travaillé comme des fous et on a même fini par être référencé chez Barneys à New-York ».

 

Cassandre Montoriol

À la mort de son père, elle ne peut se résoudre à abandonner la marque et continue seule avec le succès qu’on lui connaît. La mode comme une évidence, le style pour seul héritage. Et puis, un jour, la belle aventure s’arrête. C’est le point. Pas mort. Elle devient D.A aux Galeries Lafayette durant 3 ans et continue de séduire les femmes. « Les Prairies, ça n’a jamais suivi la mode. Je ne vends pas juste un pantalon bien taillé. Je raconte aussi une histoire, je recherche des belles matières, j’ajoute une référence à un film ou à une architecture… J’aime les vêtements auxquels on s’attache ». Sa clientèle, fidèle, ne s’y est jamais trompée et la suit. Toujours. Surtout quand elle relance sa marque, Les Prairies de Prairies en 2020 avec un court métrage en guise de faire-part.

Cassandre Montoriol

En 2021, elle ouvre enfin sa boutique. Et comme elle ne fait jamais rien comme les autres, elle est à l’opposé du concept store avec un micro store. Une boutique galerie de poche face au jardin du Luxembourg. Baigné de lumière, le lieu attire les jeunes filles comme les vieilles dames du quartier. On passe la saluer, écouter un vinyle, découvrir la nouvelle expo de photos et même certains soirs s’émerveiller devant un film projeté sur sa devanture vert mat.  « Je l’ai appelé mon petit buisson parce qu’elle est verte et donne sur le jardin. C’est un lieu d’échanges, de rendez-vous. Elle est petite alors, c’est comme si on était dans un salon ou une chambre, ça donne envie de se confier et de parler. De la grande vitrine, j’aperçois les gens passer et je vois défiler les saisons. Il se passe tout le temps quelque chose ici ».

Cassandre Montoriol

On vient aussi, bien sûr, pour ses collections qu’elle fabrique en petites séries comme cet été les chemises en popeline de coton et les spartiates fabriquées chez un cordonnier parisien, une institution depuis 100 ans. Pour cet hiver, on se réchauffe dans un grand plaid écossais en lambswool, une écharpe en cachemire et un manteau cape en Harris Tweed. On attend impatiemment les chaussettes de toutes les couleurs pour Noël ! « Je cible les bonnes pièces dont on a besoin, le blouson moderne à la bonne découpe et la chemise d’homme rayée qu’on aura toujours envie de porter. J’aime bien avoir des pièces créatives mixées à des pièces simples ». Une vraie histoire de style.