30 janvier 2020

Portraits de
parisiens

Gilbert Mage, Maître cireur

Il n’est pas du genre à vous cirer les pompes, quand il n’apprécie pas quelqu’un ou quelque chose il le dit tout haut. Et pourtant quand il vous sourit de ses beaux yeux bleus, Gilbert Mage fait luire sur vous comme un espoir. Quarante deux ans de rue n’ont pas touché sa volonté de vivre. Alors bien sûr le parcours a eu ses coups durs, ses hauts et ses bas mais pour lui, la vie a été avant tout « passionnante ». C’est l’histoire d’un enfant placé en maison d’accueil qui après de longs périples a fini par amarrer du côté du 13ème arrondissement où il a réécrit, lui l’illetré, sa propre vie en devenant maître cireur de rue.

 

Gilbert Mage


    

Je voulais prouver que les gens de la rue pouvaient créer leur propre emploi

À son retour du Sénégal, il y a 19 ans, il s’est installé sur le trottoir des Gobelins devant les grilles de la Manufacture où désormais vous pouvez le trouver tous les jours à partir de midi (sauf quand il pleut trop fort). Dès le début, il a fait la manche avec l’envie de s’acheter du cirage. « Les gens ne me croyaient pas, mais moi j’avais mon idée. Cireur, j’ai appris le métier tout seul ». Sur la pancarte où il indique ses tarifs, il a fait marqué Maître cireur pour bien signifier qu’il n’avait rien d’un amateur.

Une fois une gamine de 2 ans a fait la vie à sa mère pour se faire cirer ses chaussures et la mère a dû céder !

Ici, les gens le connaissent, les commerçants sont bienveillants et il a désormais une vraie clientèle. Lui qui a commencé avec un client par jour possède une clientèle fidèle aujourd’hui . Il y a les habitués qui lui demandent même de teinter d’anciens souliers et puis les occasionnels et les hésitants, ceux qui n’osent pas encore. En expert, il commente : « Il faut comprendre que le cirage rend brillant le cuir, mais ne le nourrit pas. Moi j’ai fabriqué un produit spécial très nourrissant qui dure 3 mois. Il faut croire que les gens sont satisfaits car ils reviennent ! Mon cirage, c’est pas du Kiwi, c’est de la cire d’abeille. J’ai pas mal de couleurs, mais je ne les transporte pas toutes car c’est lourd ».

Ils ont fait des trotinettes électriques, moi je suis entrain de fabriquer un kiosque électrique

Parce que les jours de pluie et l’hiver travailler dans la rue, c’est difficile, il rêve d’un kiosque ambulant qu’il pourrait installer aux Gobelins où balader un peu partout dans Paris. Un rêve que l’ancien soudeur est entrain de rendre réel. Enfin, il l’espère, tout comme son rêve de raconter sa vie dans un livre. Il cherche d’ailleurs une plume à qui se confier parce que « ma vie est passionnante ».